22 avril 2026
•3 min
Quand le logiciel ne sait pas compter ses propres taxes
Hier, en appel avec un dirigeant de PME industrielle (fabricant de menuiseries PVC/aluminium), j'ai entendu ça :
« On paye une éco-taxe depuis deux ans. La première année, c'était 3 000€. La deuxième, 7 000€. Cette année, 27 000€. Et notre logiciel ne sait pas exporter ce total. Donc j'ai estimé ça aux doigts mouillés. Franchement, si j'ai facturé 25 000€ à mes clients et que j'en paye 27 000, j'y perds. Si j'en ai facturé 30 000, j'y gagne. Aujourd'hui, je ne sais pas. C'est bête. »
Sur le moment, j'ai encaissé l'info et j'ai continué l'appel.
Le soir, en relisant le transcript, j'ai réalisé ce qu'il venait de dire.
Une taxe multipliée par 9 en deux ans. Calculée automatiquement, ligne par ligne, sur chaque facture. Et le logiciel qui la calcule incapable de sortir un simple total annuel.
Ce n'est pas un problème de volonté ou de compétence. C'est un logiciel métier — utilisé par toute la profession, impossible à remplacer à court terme — qui n'a juste... pas prévu ce cas.
Et ce n'était pas le seul sujet de l'appel.
→ Deux logiciels de production qui ne se parlent pas → ressaisie manuelle à chaque commande
→ 1 équivalent temps plein dédié au contrôle qualité pour rattraper les erreurs de ressaisie
→ 4 logiciels différents pour qu'une facture client aille du devis à la GED
→ Des exports qui prennent une matinée entière, et qui ne sortent pas toutes les données
Et malgré tous ces filtres : une porte livrée dans le mauvais sens, un client perdu, une facture impayée.
Ce dirigeant n'est pas en retard sur le numérique. Il a travaillé chez Airbus pendant +25 ans, il connaît les processus. Il a mis en place des contrôles qualité à chaque étape. Il se forme à l'IA via la chambre de commerce.
Le problème, c'est que ses logiciels ont été construits pour fonctionner seuls, pas ensemble. Et personne — ni les éditeurs, ni les intégrateurs — n'a vraiment intérêt à changer ça.
La prochaine étape pour lui : explorer l'API de son logiciel central pour en sortir les données proprement, sans dépendre d'exports formatés ou de modules Power BI vendus en option.
Ce n'est pas spectaculaire. C'est juste redonner à un dirigeant la visibilité sur ses propres chiffres.
